UNE FAMILLE DYSFONCTIONNELLE
Au cœur de CATGANG, il y a une fratrie qui s’aime sans savoir fonctionner ensemble. Rose, Azad, Sevan et Zadig se provoquent, se contredisent, se jugent, sans réussir à se dire simplement qu’ils tiennent les uns aux autres. Leur équilibre repose sur Zadig, l’aîné, qui décide pour tout le monde. Lorsqu’il est capturé, Rose, Azad et Sevan se retrouvent seuls face à un monde qu’ils ne connaissent pas et doivent apprendre à agir sans lui.
C’est cette dynamique familiale qui m’intéresse avant tout. Comment trouver sa place dans une fratrie ? Comment apprendre à écouter les autres ? Comment aimer quelqu’un quand on ne sait pas le lui dire ?
Je veux que cette histoire parle autant aux enfants qu’aux adultes. Les premiers peuvent se reconnaître dans les rivalités, les maladresses et le besoin de s’affirmer. Les seconds peuvent y retrouver des questions de transmission, de responsabilité et d’émancipation.
Les pouvoirs des Cats ne constituent pas leur véritable arc. Ils sont déjà forts. Ce qu’ils doivent apprendre, c’est à vivre ensemble.
UN FILM D’AVENTURE, MAIS UNE HISTOIRE INTIME
Je veux faire de CATGANG un film d’aventure et d’action grand public, avec des poursuites, des infiltrations, des combats, des voyages et un vrai sens du spectacle. Mais l’action doit toujours prolonger l’émotion.
Au début du film, les Cats sont puissants mais incapables d’utiliser leurs différences ensemble. Leur progression est collective. Ils passent du chaos à une forme d’harmonie, non pas en devenant plus forts, mais en apprenant à s’écouter et à se faire confiance. C’est là que se trouve pour moi le cœur du film : raconter une aventure spectaculaire dont l’enjeu profond reste très simple, celui de devenir une famille capable de tenir debout.
LÉNA ARAMIAN, LA TRANSMISSION ET LES CULTURES
Je tenais à ce que Léna Aramian, la scientifique qui crée et élève les Cats, vienne de ma propre culture. Léna est Arménienne de Syrie, née à Alep, puis passée par Beyrouth avant de vivre à Paris. Son parcours est proche de celui de mon père, mais aussi de nombreuses femmes et de nombreux hommes qui ont vécu entre plusieurs pays, plusieurs langues et plusieurs cultures.
Je voulais évoquer ces trajectoires sans les réduire à la guerre, à l’exil ou au traumatisme. Léna est avant tout une scientifique brillante, une femme libre, une mère imparfaite et contradictoire. Son origine fait partie d’elle, mais elle ne résume jamais le personnage. Les Cats grandissent avec elle. Ils héritent naturellement de sa langue, de ses souvenirs, de ses habitudes et de sa manière de voir le monde. J’ai donc utilisé dans le récit des mots simples en arménien, des chansons, des plats et des rituels familiaux. Certains viennent directement de mon enfance et de moments partagés avec mon père.
Je ne veux pas les présenter comme des éléments culturels qu’il faudrait expliquer au spectateur. Je veux qu’ils existent simplement dans la vie des personnages.
On peut lire un manga sans connaître le Japon. On peut s’attacher à un personnage, comprendre une émotion ou désirer un plat sans partager la culture dont il vient.
C’est ainsi que je veux faire exister l’héritage arménien et moyen-oriental dans CATGANG : de manière vivante, concrète et immédiate.
ABIDJAN ET L’OUVERTURE DU MONDE
La partie située à Abidjan répond à la même volonté d’ouverture.
Je ne voulais pas limiter l’univers du film à Paris et Beyrouth. Le voyage des Cats doit élargir progressivement leur horizon et leur compréhension de leur propre histoire. Le personnage de Cissé est nourri par des personnes que j’ai rencontrées en Côte d’Ivoire pendant mon travail sur Allah n’est pas obligé.
Je voulais créer un scientifique africain qui appartienne pleinement au cœur du récit, qui ait participé à la création des Cats et qui détienne une part essentielle de leur passé. À travers lui et à travers Abidjan, je veux aussi montrer des personnages brillants venus du continent africain sans les enfermer dans des représentations attendues.
Paris, Beyrouth et Abidjan ne sont donc pas trois étapes touristiques. Ce qui m’intéresse est la circulation entre ces villes, les langues, les histoires, les savoirs et les souvenirs que les personnages transportent avec eux.
JOHN HADES : VOLER LA VIE
Le nom de John Hades renvoie à Hadès, souverain du royaume des morts dans la mythologie grecque.
Il représente dans le film un monde froid, sans attache, dans lequel tout peut devenir une ressource, y compris la vie elle-même. Là où Léna crée du lien, Hades extrait de la valeur. Là où elle voit les Cats comme ses enfants, il ne voit qu’une énergie exploitable. Malade, il veut utiliser leur force vitale pour prolonger sa propre existence. Je ne veux pourtant pas en faire un antagoniste simplement monstrueux.
Hades sait qu’il peut mourir. Son désir premier est profondément humain : il veut vivre. Je voudrais que le spectateur puisse comprendre cette peur tout en étant effrayé par ce qu’il est prêt à faire pour y échapper.
Il est sans pitié, manipulateur et fourbe, mais il ne se considère pas comme un monstre. À ses yeux, sa survie justifie tout.
Je voudrais qu’il incarne une figure plus contemporaine de l’antagoniste. Hades est jeune, brillant, élégant, drôle et très sûr de lui. Il sait séduire, convaincre et présenter les choses comme si elles étaient toujours rationnelles et sous contrôle.
Il évoque certains patrons de la tech capables d’incarner à la fois une vision du futur et quelque chose de profondément inquiétant. Il doit pouvoir faire sourire une seconde et faire froid dans le dos la suivante.
Il est enfin l’exact opposé des Cats. Eux sont désordonnés, affectifs, incapables de masquer longtemps leurs émotions. Lui paraît parfaitement maîtrisé, mais il est seul.
UN UNIVERS AU-DELÀ DU FILM
CATGANG est pensé dès l’origine comme un univers capable de se développer au-delà du long métrage. Le film en constitue le cœur. Je travaille parallèlement sur des bandes dessinées avec Dupuis, notamment des récits situés avant l’histoire du film. Ces préquels permettent d’explorer l’enfance des Cats, leur relation avec Léna et des épisodes qui n’ont pas vocation à entrer dans le long métrage. L’objectif n’est pas de multiplier les déclinaisons, mais de construire un univers cohérent dans lequel chaque format peut enrichir les personnages et leur histoire. CATGANG est pour moi un film sur une famille qui ne sait pas encore comment s’aimer, sur ce que l’on reçoit des générations précédentes, et sur la manière dont on choisit ensuite de construire sa propre place dans le monde.
